mercredi 22 janvier 2014

Temps passé sous écrou, temps passé en détention (2001-2012) Travaux de P. V. Tournier

Temps passé sous écrou, temps passé  en détention (2001-2012)





CENTRE D’HISTOIRE SOCIALE DU XXe siècle, UMR CNRS 8058
Séminaire « Enfermements, Justice et Libertés dans les sociétés contemporaines »

- Estimations -
Pierre V. Tournier
Janvier 2014
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Pierre V. Tournier, Centre d’histoire sociale du XXe siècle, 43, rue Guy Môquet 75017 PARIS, pierre-victor.tournier@wanadoo.fr, http://pierre-victortournier.blogspot.fr/
2

Depuis le développement du placement sous surveillance électronique (PSE), on sait qu’il est essentiel de ne pas confondre « population sous écrou » et « population détenue »2.
Ainsi, au 1er janvier 2013, le nombre de personnes sous écrou est de 76 798 (France entière) :
16 454 prévenus détenus,
50 118 condamnés détenus (soit 66 572 personnes détenues),
9 029 condamnés placés sous surveillance électronique en aménagement de peine (loi du 19 décembre 1997),
624 condamnés placés sous surveillance électronique en fin de peine (loi du 24 novembre 2009)
et 573 condamnés en placement à l’extérieur, sans hébergement pénitentiaire.

Le taux de placement sous écrou est de 117 pour 100 000 habitants et le taux de détention de 102 pour 100 000 habitants.

1. - Temps passé sous écrou
Au-delà de ces effectifs à une date donnée (statistique de stock), nous publions régulièrement, dans le tableau de bord d’OPALE, des données de flux d’entrées sous écrou et un indicateur de la durée moyenne du placement sous écrou.
Nous avons introduit cet indicateur, dans le champ pénal, au début des 19803. Il est calculé à partir de la formule fondamentale en analyse démographique : P = E x d
P est l’effectif moyen de la population au cours de l’année (donnée de stock),
E est le nombre d’entrées dans la population sur une année (donnée de flux),
d est le temps moyen passé dans la population, exprimé en année ; dit d’une autre manière, c’est l’espérance de vie dans la population, au moment de l’entrée.

Cette formule correspond à un modèle d’évolution théorique bien particulier, le modèle dit de la population stationnaire. Il repose sur deux hypothèses : le nombre d’entrées annuelles dans la population est constant, d’une année sur l’autre, et le calendrier des sorties est identique pour toutes les cohortes d’entrées (rythme de sortie identique). Dans ce modèle, l’effectif de la population est donc constant. Ces hypothèses ne sont, en général, vérifiées ni pour la population sous écrou, ni pour la population détenue. Et pour cause ! Ainsi les durées moyennes que l’on peut calculer à partir des données de stock et des données de flux d’entrées (d = P /E) est un simple indicateur dont seule l’évolution sur plusieurs années a un sens. Ce n’est aucunement un outil d’analyse de conjoncture.

En 2012, l’administration pénitentiaire a enregistré 90 962 entrées sous écrou (E). Au cours de cette année, la population moyenne sous écrou a été de 76 962 (P), cette moyenne étant obtenue en faisant la moyenne arithmétique des effectifs au 1er jour de chaque mois. Ce qui donne un indicateur de la durée moyenne du placement sous écrou de 10,2 mois (tableau 1).
En 2001, cet indicateur était de 8,6 mois. Il a donc augmenté de 19 %.

A notre connaissance, l’administration pénitentiaire n’a pas les moyens de calculer, en toute rigueur, le même type d’indicateur ni pour la durée moyenne de détention dans son ensemble, ni pour la seule durée moyenne de détention provisoire. Mais des valeurs approximatives peuvent être estimées.
Encore faut-il ne pas tout confondre comme c’est souvent le cas en la matière4.

2. - Estimation de l’indicateur de la durée moyenne de détention
En 2012, 23 996 aménagements de peines sous PSE ont été prononcés5. Dans le calcul qui suit on fait l’hypothèse simplificatrice que 100 % de ces PSE sont « ab initio » et l’on considère comme négligeable le nombre de placements à l’extérieur, ab initio, sans hébergement pénitentiaire.

Estimation du nombre d’entrées en détention en 2012 : 90 962 – 23 996 = 66 966
Population moyenne détenue en 2012 : 66 787
Estimation de la durée moyenne de détention en 2012 : 12 mois (tableau2)

On notera que la durée moyenne de détention est restée voisine de 8,6 mois de 2001 à 2006, pour ne cesser d’augmenter à partir de 2007. La durée pour 2012 a ainsi augmenté de 40 % par rapport à 2006. Cette évolution est, évidemment, à rapprocher de la loi du 10 août 2007 introduisant les peines  lancher pour les récidivistes.

3. – Estimation de l’indicateur de la durée moyenne de détention provisoire
En 2012, 46 656 entrées de prévenus ont été enregistrées par l’administration pénitentiaire. Dans le calcul qui suit, on considère comme négligeable le nombre d’entrées dans la population des prévenus en cours de placement sous écrou. Une personne est placée sous écrou sur extrait de jugement pour exécuter sa peine. Puis en cours d’exécution, elle fait l’objet d’un mandat de dépôt dans une 2ème affaire. Lorsque la peine dans la 1ère affaire sera exécutée, la personne restera sous écrou pour la 2ème affaire. Elle passera ainsi de la population de condamnés à la population de prévenus. On ne connaît pas le nombre d’entrées de ce type dans la population de prévenus.

Population moyenne de prévenus en 2012 : 16 697.
Estimation de la durée moyenne de détention provisoire en 2012 : 4,3 mois (tableau3)
On notera que la durée moyenne de détention provisoire a augmenté de 16 % de 2008 à 2012.

Pierre V. Tournier

1 Directeur de recherches au CNRS, Centre d’histoire sociale du XXe siècle (Université Paris 1).

2 Introduit par la loi du 19 décembre 1997, le PSE comme mode d’aménagement des peines est entré en application fin 2000. Le nombre de condamnés placés était de 304 au 1/1/04, 709 au 1/1/05, 897 au 1/1/06,
1 648 au 1/1/07, 2 506 au 1/1/08.

3Pour plus de détails sur ce genre de calcul démographique voir Tournier P.V., Contribution à la
connaissance de la population des personnes incarcérées en France (1968-1980) - analyse démographique -,
thèse de 3e cycle publiée par le ministère de la Justice, Centre national d’études et de recherches pénitentiaires
(CNERP), 1981, 342 p. ou Barré M-D, Tournier P.V., coll. Leconte B., La mesure du temps carcéral,
observation suivie d’une cohorte d’entrants, Paris, CESDIP, Déviance & Contrôle social, n°48, 1988, 199 p.

4 Voir Tournier P.V., « Comment en arrive-t-on à surestimer la durée moyenne de détention de + 45 % dans
un rapport du Sénat ? Durée de temps passé sous écrou, durée de détention, durée de détention provisoire »,
Arpenter le Champ pénal, n°305, 21 janvier 2013, 4 p.

5 Les Chiffres clés de l’administration pénitentiaire au 1er janvier 2013.



dimanche 19 janvier 2014

Autorisation de soins des majeurs protégés en milieu hospitalier

Information mise en ligne par l'ARS  du Nord Pas de Calais

"L’autorisation de soins des majeurs protégés en milieu hospitalier : la concrétisation d’un partenariat entre la DRJSCS et l’ARS NPDC aboutit à la création d’un outil pratique destiné à l’ensemble des professionnels du secteur hospitalier et des tuteurs des majeurs protégés".

http://www.ars.nordpasdecalais.sante.fr/fileadmin/NORD-PAS-DE-CALAIS/votre_sante/Personnes_fragiles/Autorisation_de_soin_des_majeurs_proteges_en_milieu_hospitalier_ARS_DRJSCS_NPDC.pdf

"Un outil d’autorisation de soins des majeurs protégés pour les professionnels des santé réalisé par l'ARS & la DRJSCS NPDC.

Un outil intitulé « L’autorisation de soins des majeurs protégés en milieu hospitalier » a été publié par la Direction Régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale (DRJSCS) et l’Agence Régionale de Santé (ARS) du Nord-Pas-de-Calais.

En 2013, dans le NPDC, environ 46 000 personnes sont sous mesure de protection judiciaire. Leur situation juridique complexe pose des problèmes en matière de prise en charge hospitalière.

Ce document s’inscrit dans l’action coordonnée que mènent l’ARS et la DRJSCS pour améliorer l'accompagnement des majeurs protégés au sein des établissements et services sanitaires, conformément aux orientations communes du Projet Régional de Santé et du Schéma Régional des Mandataires Judiciaires à la protection des majeurs et des délégués aux prestations familiales.
La réalisation de cet outil pour les professionnels sur les autorisations de soin des majeurs protégé a débuté en juin 2013 et est le fruit de nombreux échanges réalisés avec des professionnels de santé, des mandataires judiciaire à la protection des majeurs et des magistrats afin d’avoir une vue d’ensemble sur la prise en charge des majeurs protégés en termes de soins hospitaliers.
« L’autorisation de soins des majeurs protégés en milieu hospitalier »  
  1.  Une notice explicative de l’outil qui éclaire pas à pas la prise en charge des majeurs protégés. Celle-ci contient toutes les informations nécessaires à la compréhension des rubriques du protocole d’autorisation de soins, évitant ainsi toute confusion sur le rôle et les responsabilités de chacun.
  2. Un outil pratique utilisable au quotidien par les professionnels de santé qui permet de procéder aux autorisations de soins des majeurs protégés grâce à un système de fiches synthétiques et faciles à remplir dans le cadre d’un échange rapide entre le service de soin et le tuteur.
Cet outil a été largement diffusé par mail à destination des établissements de santé, des établissements médico-sociaux, des professionnels de la protection juridique des majeurs et du service régional d’information et de soutien aux tuteurs familiaux"

vendredi 3 janvier 2014

« Peut-on changer la prison par décret ? » (Conférence, CHS/ Paris 1, 21 janvier 2014)

Université Paris 1 Panthéon Sorbonne / Centre d’histoire sociale (CHS, UMR CNRS 8058)
 séminaire « Enfermements, Justice et Libertés dans les sociétés contemporaines »
animé par Pierre V. Tournier
 - 56ème séance -
 Mardi 21 janvier 2014, 17h45 – 19h45
CHS XXe siècle, 9, rue Malher, bibliothèque du 6ème étage, Paris 4ème
(métro Saint-Paul)
 joe_20130503_0002
Peut-on changer la prison par décret ?
 Conférence d’Eric Péchillon,
maître de conférences à la Faculté de droit et de science politique de
l’Université Rennes 1
Discutant : M. Jean-Manuel Larralde, professeur de droit public à
l’Université de Caen Basse-Normandie.
Pour pouvoir fonctionner au quotidien, un établissement pénitentiaire doit, comme n’importe quelle structure recevant du public, disposer d’un « règlement intérieur ». Cet acte administratif est indispensable pour que les usagers et les tiers (famille, avocats…) connaissent précisément l’étendue de leurs droits et obligations, mais également pour offrir un cadre de travail sécurisant aux intervenants.
L’article 728 du Code de procédure pénale annonçait depuis la promulgation de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 (art. 86) la rédaction de « règlements intérieurs types […déterminant] les dispositions prises pour le fonctionnement de chacune des catégories d'établissements pénitentiaire ».
C'est désormais chose faite avec la publication du décret n°2013-368 du 30 avril 2013 qui abroge soixante-dix articles « D. » dudit code (art. 2) et insère à l’article R.57-6-18 une annexe contenant les dispositions applicables dans les divers lieux de détention. C’est donc une page de l’histoire du droit pénitentiaire qui aurait dû se tourner avec ce nouveau document-type. Ce n’est pourtant pas exactement le cas. L’intention du pouvoir exécutif n’est pas de procéder par voie règlementaire à une réforme en profondeur du droit de l’exécution des peines mais de tendre à une harmonisation, voire une standardisation des pratiques locales.